Bernadette Sepulchre nous a quittés

 

Bernadette s’en est allée le 17 novembre et laisse un immense vide.

 

Il y a 20 ans que j’ai rencontré Bernadette, la petite potière comme elle se définissait. En vrai, une grande dame. C’était à Artisan’Art à Tour et Taxis à Bruxelles. Elle occupait le stand à coté d’Albert, installée au milieu de ses créations, au travail sur son tour de potier. La production était assurée. J’étais impressionnée par la limpidité, l’assurance et la fluidité de ses gestes. Tout avait l’air tellement simple. Et le tout avec le sourire et tellement de gentillesse. C’est là qu’a vraiment commencé mon aventure de potière.

 

Bernadette « donnait des cours » à l’atelier Regards à Beauraing ou plutôt elle donnait le mouvement, comme on apprend à rouler en vélo : « tu démarres et je te tiens, et je te lâche progressivement, et oups, je te rattrape et t’explique pourquoi cela ne va pas », et cela avec une patience, une bienveillance et une persévérance infinies. C’est là qu’a commencé une immense et indéfectible amitié.

 

Elle a ensuite ouvert son atelier personnel aux « élèves », comme elle aimait les nommer, à Graux, chez elle. De longs samedis de tournage, avec la bienfaisante pause de midi où on partageait nos piques-niques autour de sa table de cuisine. Des moments précieux de rencontre, de partage, de bonne humeur. A l’époque, je m’acharnais à tourner de grands saladiers.  Quel plaisir de repartir le soir, après une dernière (parfois longue) papote, avec quelques grands – de plus en plus grands – saladiers dans le coffre de la voiture. Le sentiment de progresser, sans que jamais Bernadette ne fasse sentir qu’elle n’était pas tout à fait pour rien dans le résultat final.

 

Et puis, Pierre est arrivé dans sa vie. Ce fut le temps des confidences et d’intenses partages. Et Bernadette a gardé le même enthousiasme pour la transmission de son art, le même souci d’accueil, d’accompagnement, et Pierre y a été associé par l’aménagement de l’atelier, par sa présence discrète aux repas, par sa réponse à tous les S.O.S techniques. Ce fut alors le moment d’une étape décisive : la nouvelle maison – et le nouvel atelier – à Porcheresse.

 

De mon côté, volant de mes propres ailes, ce fut le plaisir de se retrouver lors des marchés potiers et autres manifestations artisanales, chacune découvrant les dernières créations de l’autre. Mais même à ce stade, Bernadette a toujours été là quand je calais sur une commande un peu difficile par exemple. La générosité a toujours été le maître-mot : jamais je n’ai vu Bernadette garder les secrets de son savoir-faire pour elle.

 

Ça, c’est l’histoire des pots, mais dans les pots, un trésor a grandi : l’amitié. Qu’en dire ? L’amitié profonde, il est bien difficile d’en parler.

 

Bernadette, le roc, la guerrière, a été vaincue par la maladie, mais pas ce qu’elle m’a laissé : la joie de la poterie au quotidien, sa générosité, sa gentillesse, sa force, sa persévérance, son courage, aussi une infinie tristesse et un immense vide mais que je lui promets de transformer en de beaux pots prêts à accueillir de nouvelles amitiés.

 

 

Ses « Parisiens »

 

3 Replies to “Bernadette Sepulchre nous a quittés”

  1. Bonjour,
    j’apprends par votre blog le décès de Bernadette. J’en suis profondément touché car je fais aussi partie des nombreux élèves auxquels elle à donné sa passion. Elle est à jamais dans mon coeur.
    Jean-Paul

  2. Très bel hommage 💖. De tout cœur avec vous deux! Ce qu’on l’aime et ce qu’elle nous manque! Quel bonheur de l’avoir connue! 💖❤️‍🩹😘 Je vous embrasse

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