On devient potier et cela prend du temps

Je ne résiste pas au plaisir de reproduire ici une très belle réflexion du potier Geert Van der Borght : comment devient-on artisan et potier ? C’est un long cheminement… Je me retrouve tellement dans son approche.

 

« Le savoir-faire demande du temps : un plaidoyer pour une transmission lente

Dans l’artisanat, comme la poterie, l’accent est de plus en plus mis sur l’apprentissage rapide des techniques via des cours courts et des ateliers. Ainsi, l’essence du savoir-faire risque de se perdre : une relation personnelle et surtout durable dans laquelle sont transmises non seulement des compétences, mais aussi une vision, une attitude et un amour du métier.
La véritable transmission n’est pas un processus linéaire que l’on peut cocher rapidement. C’est une évolution silencieuse de plusieurs années, où travail, échec, patience et confiance se conjuguent. Des philosophes comme Hubert Dreyfus et Martin Heidegger soulignent que la maîtrise naît de l’expérience et de l’authenticité, et non d’explications directes ou d’objectifs d’apprentissage stricts. Dans l’atelier, entre silence et action, l’artisanat se transmet sur les plans humain, artistique et technique.
En même temps, la culture actuelle des cours correspond au désir de résultats rapides et tangibles. Cela offre visibilité et succès financier, mais cela sape l’appréciation du véritable savoir-faire et complique la tâche des (jeunes) artisans pour se démarquer.
Hannah Arendt distingue le travail (production) de l’action (présence authentique et fidélité à la tradition). L’artisanat est plus que la fabrication d’objets : c’est une manière d’être, une connexion à une tradition vivante. Les cours courts peuvent être une première étincelle, mais sans approfondissement et engagement, cette flamme s’éteint rapidement.
L’artisanat est avant tout une expérience corporelle. Maurice Merleau-Ponty souligne que nous apprenons par le toucher, la motricité et la répétition. Michel Serres appelle la main « l’organe oublié de la pensée », où penser et faire se rejoignent. L’enseignement de l’artisanat exige donc du temps, du silence et de l’abandon, comme le notent aussi Jan Masschelein et Maarten Simons.
Mon plaidoyer vise des cours de longue durée dans lesquels le guide établit une relation durable avec l’élève. Le choix ne doit pas dépendre uniquement des compétences techniques, mais surtout de l’esprit qui parle dans l’œuvre et de l’intention de poursuivre et perpétuer cet esprit. Ainsi naissent non seulement la technique, mais aussi la vision, l’attitude et la continuité. Ce n’est que par le temps, la proximité et le dévouement que la transmission peut rester authentique et vivante — une pratique incarnée qui résonne profondément avec le créateur et la tradition.
L’avenir de l’artisanat réside dans la revalorisation de cette transmission lente et personnelle. C’est ainsi que l’artisanat reste une puissante résistance à la superficialité et à la rapidité de notre époque ». GVDB.

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