Magnifique réflexion sur le potier

Un magnifique texte de Florence Racine. Je ne résiste pas au plaisir de le partager…

 

Le Potier a, de nature, l’oeil curieux.
Il a l’amour de la terre, celui qui rend double le plaisir du café.
Il oublie modes et tendances, laisse les valeurs sûres
au marchand d’art et nous trouble avec un bol,
une assiette, un vase, une théière.
Le Potier aime séduire.

 

Il y a dans son atelier, des odeurs, de la chaleur
et des petits airs de bric-à- brac.
C’est là que commence le dialogue de la terre et du potier;
Son langage: des pots qui sèchent sur les planches.

 

Les mains sont fermes et douces, elles pétrissent, centrent, creusent, pincent, étirent.
Gestes mille fois répétés pour oublier la contrainte, laisser aller l’idée.
Le Potier aime la liberté.

 

Le bout de ses doigts forme un galbe,
caresse un ventre, un col, une lèvre.
Le Potier a le vocabulaire sensuel.

 

La boule d’argile devient un récipient, l’invite à recevoir.
Sur la peau de terre il forme un bec, tire une anse,
pose un mamelon, l’invite à servir.
Le Potier aime le fonctionnel.

 

Cuisinier sans toque, allures de Merlin,
il pèse ses poudres, ajoute chrome, cobalt,
une pincée de cuivre.
Il fouette, tamise la crème, songe de matières
et de couleurs.
Le Potier est contemplatif.

 

Il sort seaux, louches, et casseroles, le bras prend
le tempo, fait corps avec le pot, l’engobe glisse,
prend le mouvement, suit le rythme de la main, hésite, change de sens, encore une passe,
balance à droite, balance à gauche, le pot roule,
le poignet est ferme, sûr,
puis une saccade pour la goutte. Une pause.
Le Potier aime le swing.

 

L’esquisse d’un dessin, il écrit, grave, trace, souligne, brosses et pinceaux à l’écoute des yeux.
Le Potier est peintre et poète.

 

Entre quilles et plaques il glisse les pots, place, cale, déplace avec mesure.
Il monte sa tour, jeu d’équilibre et d’espace.
Clôt la porte, abandonne les pots à l’indispensable compagnon, et met le feu à ses rêves.
Le Potier aime jouer au diable.

 

Il y a dans ses pots, ses recherches, la simplicité
et des petits airs de sa vie.
Là commence notre dialogue avec le Potier.

 

Le Bel Utile prend vie à l’instant où le charme de l’objet a trouvé sa cible, dans nos mains avec l’émotion des sens.

La Poterie au quotidien, l’amour de l’objet pour recevoir, partager,
trait d’union avec les souvenirs d’une rencontre,
Le Potier.

 

Florence Racine

 

One Reply to “Magnifique réflexion sur le potier”

  1. Très beau texte Mme Florence, heureuse de vous avoir lu,
    Une description parfaite, Vous l’avez si bien senti, partagé c’est tellement émouvant.
    Je suis potière et je l’ai dans la peau.

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